Pourquoi je change d’emploi quand je deviens trop confortable
Le confort, c’est sécuritaire, mais ça peut aussi freiner ta croissance.
Et là, je vous vois déjà me lancer des pierres.
« Oui, mais quand tu as des responsabilités, des enfants, une hypothèque ou des événements dans ta vie qui t’empêchent de changer, tu fais quoi? »
Bien oui. C’est plus compliqué.
Je vais être plate, mais ça reste une question de choix. Pas dans le sens où tous les choix sont faciles ou accessibles à tout le monde. Certains viennent avec beaucoup plus de conséquences que d’autres. Mais rester est aussi un choix.
Tu t’adaptes selon ta réalité.
Est-ce que le changement est facile? Absolument pas. Et le niveau de risque acceptable est différent pour tout le monde.
Personnellement, quand je change d’organisation, c’est majoritairement pour une de ces trois raisons :
- Je veux augmenter mon revenu substantiellement.
- Il n’y a plus de possibilités d’avancement.
- L’environnement est toxique.
Avec le temps, j’en ai ajouté une quatrième : je suis rendu sur le pilote automatique.
Quand je tombe sur le pilote automatique
Pour moi, c’est probablement le signe le plus difficile à identifier parce qu’en surface, tout va bien.
Je connais mon travail. Je connais les systèmes. Je sais à qui parler lorsqu’il y a un problème. Je peux anticiper une bonne partie de ce qui va arriver et mes tâches me demandent beaucoup moins d’effort qu’avant.
Bref, je suis devenu bon dans ce que je fais.
Et être confortable dans son rôle n’est pas une mauvaise chose. Au contraire, c’est généralement le résultat de l’expérience qu’on a accumulée.
Le problème commence lorsque je n’apprends plus rien.
Mes journées deviennent une répétition de la veille. Les problèmes sont différents, mais les solutions restent sensiblement les mêmes. Je ne suis plus vraiment challengé et les compétences que je veux développer pour la prochaine étape de ma carrière ne font pas partie de mon travail.
C’est là que le confort commence à devenir de la stagnation.
« Tu peux toujours apprendre quelque chose dans ton emploi »
Oui.
Tu peux apprendre presque n’importe quoi par toi-même et essayer de l’introduire dans ton travail.
Mais encore faut-il que ton employeur te donne l’autonomie et la liberté de le faire.
Si je veux développer une nouvelle compétence et que je peux l’intégrer dans mes responsabilités actuelles, parfait. Je peux continuer à évoluer sans changer complètement d’environnement.
Mais ce n’est pas toujours possible.
À un certain point dans ta carrière, ce que tu veux apprendre peut simplement ne plus être applicable dans ton poste actuel.
Tu peux demander de nouvelles responsabilités. Proposer des projets. Essayer de transformer ton rôle de l’intérieur.
Mais si l’espace n’existe pas, il n’existe pas.
Et c’est souvent là que je commence à me demander si je suis rendu à une croisée des chemins.
Pas parce que mon emploi est mauvais.
Simplement parce qu’il ne correspond peut-être plus à l’endroit où je veux aller.
Changer de contexte me force à redevenir mauvais
C’est probablement une des choses que j’aime le plus et le moins dans un changement d’emploi.
Quand j’arrive dans une nouvelle organisation, je perds une bonne partie de mes repères.
Je passe de la personne qui connaît les réponses à celle qui pose constamment des questions.
Je dois comprendre une nouvelle culture, de nouveaux processus, de nouvelles personnalités et probablement une nouvelle série d’acronymes que tout le monde utilise comme si j’étais supposé les connaître depuis ma naissance.
Je ne deviens pas mauvais dans mon métier.
Je deviens mauvais dans le contexte.
Et ça me force à apprendre.
Je dois comprendre pourquoi cette organisation fait les choses d’une certaine façon. Je dois tester mes méthodes dans un nouvel environnement. Certaines vont fonctionner. D’autres vont complètement planter.
C’est aussi là que je découvre si mes compétences sont réellement transférables ou si j’étais simplement devenu extrêmement bon dans un système que je connaissais par cœur.
Ce genre d’inconfort me force à réfléchir de nouveau au lieu d’exécuter par automatisme.
Le marché, lui, ne devient pas confortable
Il y a aussi une autre raison pour laquelle le pilote automatique me dérange.
Même si mon poste arrête d’évoluer, mon industrie ne fait pas la même chose.
De nouveaux outils apparaissent. Les façons de travailler changent. Certaines compétences deviennent plus importantes et d’autres tranquillement moins pertinentes.
C’est facile de devenir excellent dans son environnement actuel tout en perdant tranquillement de la pertinence à l’extérieur de celui-ci.
Et aucune organisation n’est permanente.
Une restructuration peut arriver. Ton département peut changer. Ton poste peut disparaître. Un nouveau gestionnaire peut arriver avec une vision complètement différente.
Je préfère donc continuer à développer mes compétences pendant que j’ai encore le luxe de choisir ce que je veux faire ensuite.
C’est beaucoup plus agréable de regarder les opportunités parce que tu veux changer que parce que tu dois absolument trouver un emploi.
Mais changer pour changer, ce n’est pas de la croissance
Il y a évidemment l’autre extrême.
Si je change d’emploi chaque fois que la nouveauté disparaît, je ne me donne jamais le temps d’aller assez loin dans ce que j’ai commencé.
Certains apprentissages viennent seulement avec le temps.
C’est facile d’arriver dans une organisation, d’identifier plein de problèmes, de proposer des changements et de repartir.
C’est autre chose de rester assez longtemps pour voir si tes idées fonctionnent réellement.
Est-ce que le nouveau processus que tu as implanté fonctionne encore un an plus tard?
Est-ce que la stratégie que tu as proposée a réellement donné les résultats attendus?
Est-ce que tes décisions ont créé d’autres problèmes que tu n’avais pas anticipés?
Il faut parfois rester pour apprendre les conséquences de ses propres décisions.
C’est pourquoi je ne regarde pas nécessairement depuis combien de temps je suis dans une organisation.
Je regarde plutôt si je suis encore en train d’y apprendre quelque chose.
La stabilité peut aussi être le bon choix
Je ne pense pas qu’une carrière doit être une quête constante d’inconfort.
Ça sonne épuisant juste à l’écrire.
Il y a des moments dans la vie où la stabilité est exactement ce dont tu as besoin.
Ton travail peut simplement être ton travail. Tu fais quelque chose que tu maîtrises, tu fermes ton ordinateur et ton énergie va vers tes enfants, ton couple, un projet personnel ou juste ta vie en général.
Il n’y a absolument rien de mauvais là-dedans.
Pour moi, la différence est dans l’intention.
Est-ce que je choisis la stabilité parce qu’elle correspond à ce dont j’ai besoin présentement?
Ou est-ce que je reste simplement parce que je suis confortable et que changer me fait peur?
Si je suis encore stimulé, que j’apprends et que mon environnement me permet de continuer à évoluer, je peux être confortable pendant longtemps.
Mais quand je réalise que je suis sur le pilote automatique, que je n’apprends plus et que ce que je veux développer n’a plus de place dans mon rôle actuel, je commence à regarder ailleurs.
Pas nécessairement parce que quelque chose va mal.
Parfois, tu as simplement appris ce que cet environnement avait à t’apprendre.
Et je préfère partir en ayant encore le choix que d’attendre que le choix soit fait pour moi.